Pour une gauche plus démagogue


Olivier Turcotte
mercredi, 21 septembre 2016


Je commence ici avec un titre accrocheur et choquant afin de vous inciter à cliquer et à lire. Maintenant que c’est fait, je veux faire un petit plaidoyer pour que la gauche retrouve sa popularité auprès de la population. Il faut le dire, on entend plus souvent « communiste » (lire : « Communisse ») comme insulte que « néolibéral ». Pourtant, dans les deux cas, on croit à une lubie, une utopie, où tous sont égaux. Pourquoi alors est-ce que c’est le qualificatif de gauche qui est l’insulte? La question se pose.

Maintenant, la raison selon moi est que c’est la droite qui fait les premiers pas afin de rejoindre la population, les « vrais gens ». C’est la droite qui se mêle aux gens, qui utilise des arguments qui rejoignent vraiment la population dans la vie de tous les jours. Qui les rejoint dans leur auto dans le trafic en chialant contre les autobus qui leur volent une voie d’autoroute. Contre le syndicat qui protège l’employé incompétent de leur « shop ». Aussi contre l’immigrant qui pourrait « voler » leur job parce qu’il demande moins d’argent avec son turban. Bref, la droite démagogique fait un travail remarquable partout où elle est présente, car elle utilise des arguments faciles que certains appellent, avec raison je dois dire, des sophismes.

Le problème, c’est qu’à gauche, on a tendance à se dire plus intellectuel qu’à droite. Ainsi, le vocable de « droite jambon » existe pour décrire cette droite mentionnée plus tôt dans les cercles de gauche – et moins de gauche aussi. Comme s’il y avait un dédain de ces pratiques. Pourtant, elles fonctionnent, regardez à Québec. C’est pourquoi je fais un plaidoyer pour une gauche utilisant des méthodes similaires. Ainsi, plus de Léo-Paul Lauzon, c’est pas une mauvaise chose en soi.

Alors, comme au dit au Lac-Saint-Jean, il faut « faire simple ». Plus d’arguments dénonçant l’exportation des emplois vers la Chine avec la mondialisation. Plus d’arguments dénonçant les patrons véreux. Plus d’arguments, aussi, dénonçant ceux qui ont une PME dans le seul but de s’acheter une nouvelle Mercedes à chaque année sans réinvestir dans son entreprise et apporter quoi que ce soit à la société. Il faut aller dans ces exemples simples que la population pourra comprendre afin d’avoir des gens qui suivent la gauche dans ses idées.

Il faut aussi utiliser une arme que la gauche a face à la droite : l’humour. On le fait assez bien au Fût, et c’est aussi une des raisons pour lesquelles La soirée est (encore) jeune fonctionne aussi bien. Aux États-Unis, par exemple, quand la droite sociale tombe dans l’humour, ça ne prend pas de temps avant que ça tombe dans la haine et la colère avec l’animateur qui est amer de quelque chose. À gauche, l’humour politique fonctionne. Par exemple, on a ri un peu de la radio de Québec il y a deux semaines. C’est un défouloir et ça fonctionne.

En terminant, il faut de « l’exposure » à la gauche. Il faut être audacieux. Peut-être un peu tendancieux aussi. Je ne veux pas que la gauche utilise les mêmes types d’arguments que la droite nécessairement. Mais pour rejoindre la population, les arguments faciles, qui ne demandent pas un baccalauréat afin de les comprendre, sont la chose à faire. Peut-être faudrait-il que la gauche le fasse. Et ainsi, si elle a les cotes d’écoutes, pourra-elle rejoindre un plus large public avec ses idées et renverser une tendance que l’on aperçoit depuis les années 1980, soit une domination de la droite sur le débat public.