Mulcair et Corbyn : chefferies comparées


Olivier Turcotte
mercredi, 10 mai 2017


Les situations actuelles de Jeremy Corbyn, chef du Parti travailliste britannique, et de Thomas Mulcair, chef du NPD, ont plusieurs similarités. C’est à celles-ci que je vais m’attarder, alors que Corbyn vient d’être confortablement réélu par les membres de son parti et qu’un mouvement prenant de l’ampleur demande à Mulcair de se représenter comme chef du NPD dans une course à la chefferie qui ne lève pas.

Les débuts

Tout a commencé le 12 septembre 2015, alors que Corbyn a été élu chef du Parti travailliste au Royaume-Uni, l’équivalent britannique du NPD. Jusque-là, vous me suivez. Son élection a été une réaction à l’échec de ce qu’on appelait le « New Labour », une initiative qui avait mené Tony Blair vers la chefferie du parti, puis le 10 Downing Street, la résidence du Premier ministre britannique. Cette initiative avait pour but de recentrer le parti en enlevant des références au socialisme et à la nationalisation de pans entiers de l’économie – ça vous rappelle quelque chose, chers amis socialistes? La stratégie a clairement fonctionné, comme mentionné plus tôt. En fait, tellement, que le Royaume-Uni a joint l’effort de guerre en Irak, qui a peut-être contribué à l’éclosion de l’État islamique par la bande. Mais bon, ici, je dévie du sujet. Bref, suite à la cuisante défaite de Gordon Brown, qui s’apparente drôlement à celle de Paul Martin, les travaillistes se sont cherchés longtemps. Puis, ils ont décidé de suivre l’exemple de partis comme Podemos en Espagne ou SYRIZA, en Grèce, et élu un fier socialiste comme chef : Jeremy Corbyn.

Du côté du NPD, la mort de Jack Layton en 2011, le « bon Jack » comme plusieurs l’ont appelé au Québec, a précipité une course à la chefferie au cours de laquelle plusieurs tendances au sein du parti se disputer la chefferie. Il y avait l’establishment du parti, représentée par Brian Topp, maintenant chef de cabinet pour Rachel Notley en Alberta. Puis la mouvance féministe, représentée par Niki Ashton et Peggy Nash. La première voulant également représenter les jeunes. Enfin, il y avait Thomas Mulcair, celui qui représentait le Québec. Mais également, cette tendance « New Labour » incarnée par Tony Blair, mais également – et ça, on ne le mentionne pas assez – par Jack Layton. Celui-ci fut élu par une vague de nouveaux membres venus du Québec, dont je fais partie, soyons francs ici. (psst. mon choix #1 sur le papier avait été Roméo Saganash, mais ça, ça reste entre nous).

Les parallèles

Le premier parallèle que l’on peut dresser entre Mulcair et Corbyn, bien qu’ils sont de mouvances de gauche différente, est qu’ils ont été battus dans des combats qu’ils auraient dû gagner. Ainsi, le NPD était en tête des sondages au début août l’an passé. Je me souviens d’une séance de porte-à-porte où à peu près tout le monde me disait qu’ils allaient voter NPD. Et toutefois, le parti s’est fait battre, vous savez le reste de l’histoire. Pour ce qui est de Corbyn, c’est son support, considéré comme pas assez important pour l’option du « Remain » dans l’Union européenne, qui aura été considérée comme insuffisante aux yeux de certains.

Le deuxième parallèle, c’est dans le cas de la façon dont ils ont été défaits. Dans le cas de Corbyn, les règles traditionnelles britanniques le permettant, c’est le caucus du parti qui l’a destitué et forcé un vote de confiance auprès du parti, vote qu’il a remporté de façon convaincante, ayant le support de plus de 60% des membres du Parti travailliste. Ceci a poussé plusieurs chroniqueurs à dire que c’était la fin du Labour au Royaume-Uni, mais cette analyse, on se la réserve pour une autre fois. Dans le cas de Mulcair, c’est au Congrès du parti qu’il a perdu la confiance. Il faut dire, toutefois, qu’il était tenu en Alberta, et que la politique régionale au Canada est beaucoup plus importante qu’elle peut l’être au Royaume-Uni. Tenant des sources de l’interne, il est possible de dire que des militants de l’Alberta, combinés avec d’autres militants, ont voté contre lui dans une proportion plus importante que prévue. Ainsi, il fut défait de la façon la plus humiliante vue pour un chef de parti fédéral au Canada. Il faut dire que son discours au cours du congrès avait l’air d’un plat servi dans un CHSLD, soit fade et sans saveur, ce qui n’a pas aidé.

Enfin, il y a un troisième parallèle que l’on peut tenir entre les deux : la volonté des membres du parti. Dans le cas des Travaillistes, les membres ont clairement voulu de Jeremy Corbyn, en votant massivement pour lui lorsqu’on leur a demandé leur opinion. Ici, c’est donc très simple. En fait, tellement, qu’il n’y en a eu qu’un seul qui s’est présenté contre lui et ça n’a été pratiquement qu’une blague digne de la CAQ. Par contre, du côté de Mulcair… c’est plus complexe. Jusqu’à maintenant, si vous écoutez notre baladodiffusion, vous savez que personne ne se presse aux portes de la chefferie du NPD. En fait, de gros noms se sont désistés, comme Alexandre Boulerice, que je voyais comme favori. Le parallèle ici est qu’il y a un groupe de gens qui veulent que Mulcair se représente comme chef. Il a le droit, vu que la constitution du parti n’interdit pas à un chef battu à un vote de confiance de se présenter. Le mouvement semble être de plus en plus fort, surtout au Québec, amenant même des gens qui semblaient vouloir se présenter comme chef du NPD à la base. Ainsi, si le mouvement peut se rependre au reste du Canada, il pourrait vouloir se représenter.

Alors, Corbyn égale Mulcair?

Dès lors, il y a plusieurs parallèles entre Corbyn et Mulcair. Les deux sont chefs de partis sociaux-démocrates. Les deux ont été victimes de défaites cavalières. Leurs défaites sont très similaires et ont mené à une défaite similaire au sein de leur parti respectif. Enfin, les membres de leur parti respectif semblent vouloir les ravoir. Et au sein du NPD, c’est encore plus vrai que personne ne semble vouloir se présenter pour en être le chef, surtout devant un Parti libéral dont le chef semble aussi photogénique que populaire. Une différence majeure existe toutefois, alors que Corbyn est de la mouvance socialiste du parti, un peu comme un Bernie Sanders, pour ceux qui suivent la politique américaine. Mulcair, lui, est clairement de la mouvance plus centriste du parti. Il faut toutefois se poser la question ici : est-ce que le NPD a besoin présentement d’un chef idéaliste ou d’un chef capable de faire des gains en chambre? Je ne pourrais répondre à la question, mais dans la situation présente, et avec l’appui du caucus, Mulcair est mieux que rien, malgré son excès de thatcherisme exprimé dans l’introduction de nos balados.