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Les fusions à Québec et le transport en commun : un cadeau empoisonné? (Partie 2)


Olivier Turcotte
jeudi, 28 décembre 2017


Ceci est la suite de l’article publié plus tôt cette semaine sur la relation entre Québec et le transport en commun. Ici, je vais entrer dans le vif du sujet et parler des quartiers plus éloignés et leur relation avec l’autobus et l’automobile au niveau politique, puis traiter de la suite potentielle des choses, surtout avec la réanimation par Labeaume du projet de Tramway, cette fois, sur l’axe René-Lévesque au lieu de l’axe Charest.

 

Des fusions néfastes pour le transport en commun à Québec?

 

Le titre de cette section peut paraitre présomptueux, mais suivant ce que je mentionne depuis le début de cet article, la question se pose. Je veux d’abord attirer l’attention sur une boutade lancée en plein milieu des années 1990 par le maire d’alors, Jean-Paul L’Allier, concernant les relations banlieues-ville-centre : Les banlieues profitent des services de la ville-centre sans les payer.[1] Celui-ci propose alors les fusions pour régler le « problème », ce qui part un mouvement partout au Québec.

 

Le hic, c’est que, comme je viens de le mentionner, les quartiers centraux et les banlieues attirent des gens qui ont une philosophie complètement différente sur des questions d’urbanisme et de transport en commun. Les grands projets de transport en commun, ça pouvait aller quand c’était la ville-centre qui avait le gros du pouvoir au sein de la CTCUQ. Certes, il y avait de la politique, mais la redevance de compte se faisait auprès du Conseil municipal. Le hic, c’est qu’il n’y en a pas eu, de développement significatif. En fait, on a attendu 1992 pour faire une refonte du système d’autobus à Québec, qu’on a carrément appelé une « relance du transport en commun ».[2] Le but avoué, à l’époque, était de concentrer les ressources vers les quartiers centraux, quitte à couper des services dans les banlieues, où l’autobus n’était pas pris.[3] Finalement, on créait une colonne vertébrale du système de transport en commun à Québec. Et étonnamment, Andrée Boucher était pour! C’est pour dire…

 

Par contre, depuis les fusions, ce que l’on remarque à Québec, c’est cette constante opposition entre le centre et les banlieues : le fameux clivage centre-périphérie que je mentionnais plus tôt. Alors qu’à Montréal, le conseil de ville est presqu’un parlement où la gauche et la droite (lire : le centre) s’y retrouvent, à Québec, c’est plutôt toujours cette dichotomie entre une représentation des intérêts de La Cité-Limoilou et Sainte-Foy-Sillery contre le reste de la ville, qui se sent laissée pour compte. Les élections de 2001 et de 2005 sont particulièrement troublantes à ce sujet. Ainsi, Jean-Paul L’Allier se fait élire en 2001, mais Andrée Boucher, qui se présente contre lui, mène une campagne anti-fusions, qui donne à son parti, l’Action Civique de Québec, une majorité de conseillers. En 2005, c’est l’inverse qui se produit : Boucher se fait élire, comme indépendante, cette fois, mais le parti de L’Allier, qui ne se représente pas, a une majorité de sièges. Dès lors, il faut conjuguer les intérêts des deux solitudes de Québec quand on parle de transport.

Et deux solitudes, il y a. La seule chose qui les unit, c’est le trafic qui semble interminable. Alors qu’en Haute-ville, c’est parce que les lignes 800, 801, et maintenant 807 du Métrobus sont opérées au-dessus de leur capacité, en banlieue, c’est parce que les embouteillages semblent de plus en plus longs pour se rendre à la maison.

 

Dès lors, quand on se fait proposer un plan un peu bizarre, d’abord de Tramway, puis de SRB, par Régis Labeaume, qui passerait non pas par l’axe René-Lévesque qui est en surcapacité chronique, mais plutôt par le Boulevard Charest en Basse-ville, et qui ignore en plus les problèmes que vivent les gens en banlieue, c’est normal qu’une dichotomie SRB-3e lien se développe tout à coup, alors que ce linkage ne devrait même pas en être un, ne répondant pas, mais pas du tout, aux même problèmes. Leur seul lien? Relever soit en partie – transport en commun structurant – ou en totalité – 3e lien – du… gouvernement provincial.

 

Heureusement, les derniers développements vont dans le sens d’un retour du projet de Tramway qui passerait finalement par l’axe René-Lévesque. Ces développements suivent le dévoilement des résultats des consultations tenues cet été par la Ville de Québec concernant la mobilité durable, où 65% des gens qui ont rempli le sondage en ligne étaient pour un tel mode de transport[4]

 

Et donc, pour la suite des choses?

 

En ayant à composer avec cette dualité d’opinion, de réalité et de conception de la société, la Ville de Québec semble voir passer le bateau – et les « bidous » reliés au transport en commun promis par les gouvernements fédéral et provincial – dans le cas d’un système de transport en commun structurant. Se sentant incomprise, voire aliénée, la population de la banlieue de Québec – qui habite donc au nord du fleuve, je le rappelle – en vient donc à voir le 3e lien, un tunnel entre Lévis et Beauport, comme une solution à un problème de congestion sur les autoroutes de la capitale. Pendant ce temps, au centre-ville, on ne comprend pas le tracé, on ne comprend pas pourquoi les gens des banlieues se sentent laissés pour compte et, donc, on ne comprend pas l’utilité d’un 3e lien alors que c’est en ville qu’on a de la difficulté à se déplacer.

 

Sans entrer dans mes opinions sur le sujet du transport en commun et de l’urbanisme, on en a parlé assez régulièrement au Fût après tout, je crois que pour vendre un système de transport en commun à Québec, Régis Labeaume et Anne Guérette ont deux choix : Le premier, c’est de faire un projet qui a du bon sens et de le vendre comme quelque chose qui pourra aider les gens de la banlieue. Un exemple? « Vous voulez aller voir un match des Nordiques et pas rester pris dans le trafic? Venez en Tramway! C’est confortable et vous pourrez même jaser des choix de l’entraineur par rapport au premier trio avec votre voisin! » Le deuxième choix, c’est d’en faire un « wedge issue ». En gros : on trouve le segment majoritaire de la population qui est pour, on fait un projet sur mesure pour eux, et on s’arrange pour l’opposer à un autre. C’est en partie ce qui est fait lorsque l’argument de « 74% des gens qui ont voté à la dernière élection ont voté pour un système de transport en commun structurant. » Finalement, on peut aussi faire comme Québec 21 et lier le 3e lien et le SRB/Tramway. Bref, je crois que la première solution est la meilleure. Il suffit maintenant de trouver les bons ingrédients pour y parvenir…