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La crise en Birmanie : Un douloureux rappel de la crise des réfugiés syriens?


Melissa Drolet
jeudi, 14 septembre 2017


Le comparatif est fort, peut-être trop fort, mais tout de même. La situation actuelle des rohingyas en Birmanie est loin d’être rose. Pour bien comprendre ce qui se passe là-bas, il faut situer ce groupe. Les rohingyas représentent un groupe minoritaire d’origine indo-européenne de confession musulmane. Les membres de cette communauté vivent principalement dans l’état d’Arakan, dans le sud-ouest de la Birmanie. Ce groupe étant minoritaire dans ce pays à majorité bouddhiste, les membres vivent au quotidien de la persécution et la violence de la part des autorités birmanes, étant considérés comme des apatrides malgré leur présence depuis des générations. Cette violence à l’égard de ce groupe ethnique n’est malheureusement pas un phénomène nouveau, mais a suscité un regain d’intérêt de la communauté internationale depuis deux semaines.

Des milliers de civils rohingyas fuient la hausse des violences perpétrées par l’armée birmane et des milices bouddhistes en réponse à une attaque d’insurgés rohingyas envers les autorités à la fin du mois d’août. Des villages musulmans sont incendiés, des exécutions arbitraires sont perpétrées en plus des tirs visant expressément les civils qui tentent de fuir le conflit. Selon les Nations Unies, depuis la fin août, plus de 390 000 personnes se sont déplacées vers le Bangladesh. L’UNICEF estime que plus de 60% de ces réfugiés sont des enfants. La situation à la frontière de ces deux pays n’est pas favorable à l’arrivée de ces milliers d’individus, les camps étant déjà surpeuplés, les organisations non gouvernementales peinent à prendre en charge plus de gens. On y observe une pénurie aiguë de nourriture, d’eau potable et d’abris.

L’ONU et le Parlement de l’Union européenne font actuellement beaucoup de pression sur Mme Aung San Suu Kyi, afin qu’elle prenne une position ferme pour dénoncer la situation qualifiée de « nettoyage ethnique ». Mme Aung San Suu Kyi est récipiendaire du prix Nobel de la paix de 1991 pour son implication contre la dictature militaire dans son pays, elle est élue, en plus d’être membre du gouvernement à titre de conseillère spéciale de l’État et porte-parole de la Présidence depuis 2016. Son statut particulier lui permet de discuter, à tout le moins, avec le chef de l’armée birmane. Il est toutefois difficile pour elle de sortir publiquement pour dénoncer le régime militaire qui a encore le contrôle de ce pays en transition démocratique. Mme Aung San Suu Kyi s’est engagée à sortir de son silence sur la situation d’ici le 19 septembre prochain.

Les autorités estiment la population rohingyas à plus d’un million d’individus. Si l’exode se poursuit au rythme actuel (10 à 20 000 personnes traversent la frontière chaque jour), le Bangladesh (une des nations les plus pauvres dans le monde) ne peut et ne pourra pas faire face à la crise, ne disposant pas des ressources nécessaires pour le faire… Il est souhaitable qu’un cessez-le-feu entre les parties soit mis en place pour mettre un frein à cet exode qui jour après jour, coûte la vie à des milliers de personnes. Il faut qu’une véritable solution soit envisagée afin de permettre aux rohingyas de vivre dans un endroit à l’abri des persécutions.